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Violations du droit à l’éducation /

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Le tableau est plus noir pour les albinos à l’école

Fidelis Njie Ewumbue, inspecteur des affaires sociales et délégué régional des Affaires sociales à l’Ouest, monte au créneau pour lutter contre l’exclusion et la stigmatisation des écoliers et écolières albinos.

Ce lundi 04 septembre 2023, Serge Djampou, délégué départemental des Enseignements secondaires, a quitté son bureau du quartier Banengo à Bafoussam pour se rendre dans les établissements scolaires. Il entend s’assurer de l’effectivité de la rentrée académique sur le terrain et du respect des instructions ministérielles en matière de protection des minorités vulnérables, notamment des personnes atteintes d’albinisme. A l’école publique d’application de l’Ecole normale des instituteurs de l’enseignement général (Enieg) de Bafoussam, les maîtres et les maîtresses stagiaires ont pour consigne de ne pas stigmatiser les enfants albinos en cette rentrée scolaire 2023-2024. Surtout que  le délégué régional de l’éducation de base à l’Ouest est attaché à la protection des enfants handicapés en milieu scolaire.

Des enfants insultés et maltraités

Par  contre, dans les autres localités de la région de l’Ouest, la situation des enfants handicapés, notamment des albinos, n’est guerre reluisante. Le cas de Winner, 8 ans, albinos et élève dans un établissement scolaire du village Bantoum près de Bangangté est assez évocateur.Leonnelle Tatmi, la mère de cette fillette née le  20 février 2015, s’inquiète de cette rentrée scolaire 2023/2024. Elle se soucie de la stigmatisation dont est victime sa fille et du supplément de moyens financiers à investir pour lui confectionner un banc spécial. Ce qui fait qu’au-delà des autres charges qu’exige la rentrée scolaire pour les enfants ordinaires elle doit dépenser plus d’argent et  d’énergie pour permettre que sa fille aille à l’école dans des conditions acceptables. Infirmière sans emploi, elle manque de moyens pour le suivi psychologique, dermatologique et ophtalmologique de sa fille, nécessaire pour éviter une aggravation de son handicap et de susciter la stigmatisation ou les injures des autres pupilles. « Il faut lui éviter des frustrations à l’école. Elle a besoin de lunettes pour bien lire. A défaut, je dois me battre afin que sa maîtresse l’installe à une position où elle peut lire convenablement au tableau », explique-t-elle.  « Ici à Bangangté, l’hôpital de district ne peut rien faire pour les albinos. Je suis obligée de faire suivre ma fille par un ophtalmologue et un dermatologue aux Cliniques universitaires Les Montagnes(Cum), et ça coûte cher », se plaint-elle.

Elle est d’autant plus en détresse qu’elle et sa fille, Winner, ont été reniées par le géniteur de cet enfant. Un rejet familial qui se conjugue à celui de la société. Joseph Teu, membre de l’Amodisa à Bafoussam dit s’être déployé afin qu’une élève albinos de l’école publique de Nzé à Bamougoum dans la commune de Bafoussam IIIème soit « considérée et positionnée à une bonne place assise » dans cet établissement scolaire. « les discriminations dont sont victimes les enfants albinos perdurent. »

« Ma fille ainée est albinos. Moi-même, j’ai arrêté l’école précocement à cause des insultes et du manque de considération des élèves et enseignants », déclare Madeleine Ane, albinos et commerçante au marché B de Bafoussam. Stella, la trentaine, est également albinos et étudiante en agriculture à l’Université évangélique du Cameroun à Mbouo-Bandjoun. Elle dit avoir vécu un calvaire en milieu scolaire primaire et secondaire. « La vie à l’école n’a pas été facile pour moi. J’avais des problèmes d’yeux et j’étais insultée par mes camarades », soutient-elle.  « Au supérieur, je dois m’adapter à l’environnement estudiantin.  Je me soigne toute seule. Je ne connais pas les textes de loi pour la protection des droits des albinos. Je dois consulter régulièrement à l’hôpital de la Convention baptiste du Cameroun, lieu-dit «Bingo » à Bafoussam pour des problèmes de peau et d’yeux. Chaque fois, je dois changer mes lunettes ou m’acheter des produits cosmétiques adaptés à mon handicap. Ni association caritative ni organisme étatique ne me viennent en aide », déplore-t-elle. «Il n’existe aucun traitement pour soulager l’albinisme. Cependant, un suivi ophtalmologique et dermatologique est indispensable afin de corriger le défaut génétique d’acuité visuelle des albinos et éviter l’apparition de lésions cutanées, leur peau étant très sensible aux rayons ultraviolets », explique Leonnelle Tatmi, la mère de la petite Winner. Au lieu-dit Tswegoui II à Batoufam, cinq membres d’une famille sont des albinos et ne bénéficient d’aucun soin pour leurs peaux ou leurs yeux. Chez ces personnes, les symptômes de l’albinisme ne font que s’augmenter au fur et à mesure  qu’elles prennent de l’âge. Ces jeunes garçons et filles ont abandonné précocement les études, faute de pouvoir lire convenablement au tableau.En plus, durant leur scolarité ils ont été victimes d’insultes de leurs camarades et parfois même des enseignants. « Je ne parvenais pas à lire au tableau. J’ai vite  abandonné l’école », affirme Bertrand Youbi, membre de cette famille d’albinos reconverti dans l’agriculture.

Une politique d’inclusion sociale pour les enfants albinos

Selon Joseph Teu, membre de l’Amodisa à Bafoussam,  l’Etat du Cameroun n’a pas mis en place une politique sociale pour favoriser l’accès des albinos aux lunettes adaptées à leur handicap et de  favoriser leur inclusion en milieu scolaire et universitaire. Il plaide pour le respect du droit à l’éducation des personnes handicapées.Il brandit  l’article 24 de la  Convention de 2006 relative aux droits des personnes handicapées. L’article 26 de cette Convention impose aux Etats de prendre des mesures d’adaptation et de réadaptation. Cette disposition énonce : « 1. Les États Parties prennent des mesures efficaces et appropriées, faisant notamment intervenir l’entraide entre pairs, pour permettre aux personnes handicapées d’atteindre et de conserver le maximum d’autonomie, de réaliser pleinement leur potentiel physique, mental, social et professionnel, et de parvenir à la pleine intégration et à la pleine participation à tous les aspects de la vie. À cette fin, les États Parties organisent, renforcent et développent des services et programmes diversifiés d’adaptation et de réadaptation, en particulier dans les domaines de la santé, de l’emploi, de l’éducation et des services sociaux […]2. Les États Parties favorisent le développement de la formation initiale et continue des professionnels et personnels qui travaillent dans les services d’adaptation et de réadaptation.

3. Les États Parties favorisent l’offre, la connaissance et l’utilisation d’appareils et de technologies d’aide, conçus pour les personnes handicapées, qui facilitent l’adaptation et la réadaptation. »

Le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels (196, articles 2 et13), la Convention relative aux droits de l’enfant, 1989(Articles 2  et 28), la Convention de l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture, (Unesco), concernant la lutte contre la discrimination dans le domaine de l’enseignement (1960 (Articles 1, 3 et4), la Charte africaine des droits de l’Homme et des peuples, 1981(Articles 2 et17) et la Charte africaine des  droits et du bien être de l’enfant, 1990 (Article 1) sont des instruments juridiques ratifiés par le Cameroun et qui peuvent être invoqués en faveur du droit à l’éducation des enfants albinos. Approché par Journaliste en Afrique pour le développement(Jade),  Fidelis Njie Ewumbue,inspecteur des affaires sociales et délégué régional des Affaires sociales à l’Ouest, recommande aux personnes albinos de ne point de sentir fragiles face aux mesures et aux discours d’exclusion et de stigmatisation. Il dit tenir  à l’inclusion sociale des enfants handicapés en milieu scolaire. Au total, douze établissements ou centres de promotion et de protection des personnes socialement vulnérables existent  dans la région de l’Ouest. Celui de Kouoptamo dans le département du Noun est leader avec 942 pensionnaires.  Selon  le délégué régional des Affaires sociales à l’Ouest, les chefs des centres sociaux avaient  jusqu’au 15 août pour transmettre les dossiers aux chefs des établissements scolaires publics . « Il y a espoir pour des enfants albinos. Moi-même, je suis albinos. J’ai été porté à la responsabilité de délégué régional des affaires sociales dans la région de l’Ouest. Cela traduit que mon ministre pratique une politique d’inclusion sociale. Je tiens à ce que tous les membres du gouvernement suivent cette voie. Au niveau des écoles et des lycées, il faut que l’éducation soit inclusive. Une équipe de veille travaille. Au cas où il existe des débordements, des sanctions seront prises au niveau disciplinaire et administratif », explique-t-il.

Guy Modeste DZUDIE(Jade)

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