Accueil Politique METTRE FIN A LA GUERRE ET AUX TUERIES au CAMEROUN OCCIDENTAL(2) L’action du gouvernement laisse à penser qu’il existe un malentendu sur le but visé au Cameroun occidental. Pourquoi le pouvoir démolit-il la paix et l’intégration nationales qu’il présente lui-même comme des piliers de son régime ?

METTRE FIN A LA GUERRE ET AUX TUERIES au CAMEROUN OCCIDENTAL(2) L’action du gouvernement laisse à penser qu’il existe un malentendu sur le but visé au Cameroun occidental. Pourquoi le pouvoir démolit-il la paix et l’intégration nationales qu’il présente lui-même comme des piliers de son régime ?

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Si le but visé est de préserver l’unité et l’intégration nationales, il n’y a pas lieu de faire la guerre. Il faut une réponse politique, qui consiste à rechercher avec sérieux, et à mettre en application les conditions d’un « vivre ensemble » harmonieux entre les ressortissants du Cameroun occidental et ceux du Cameroun Oriental au sein d’une même nation. Il n’est pas juste de dire que la guerre a été déclenchée contre les séparatistes et les assassins de nos soldats, puisque les forces de l’ordre sont entrées au Cameroun occidental dès le début de la crise, bien avant la proclamation de « l’Ambazonie », et ont exercé une violence armée sur des manifestants aux mains nues. La propagande rampante du pouvoir et de ses supporters tendant à assimiler aux séparatistes et aux terroristes tout camerounais qui soutient les revendications justes des populations du Cameroun occidental, n’est pas faite pour nous convaincre que le pouvoir souhaite une bonne entente entre anglophones et francophones.
Alors que veut le pouvoir ? Transformer le Cameroun Occidental en une colonie du Cameroun Oriental ou plus précisément en une chasse gardée du groupe dirigeant du pays qui pille les richesses du Sud-Ouest? Le déclenchement de la guerre au Cameroun occidental devient alors cohérent. C’est ce dont semblent convaincus les séparatistes, car ils s’en prennent plus à « LA REPUBLIQUE DU CAMEROUN» qu’au Cameroun. L’évolution de la forme de l’Etat camerounais depuis 1961 n’est pas faite pour leur donner tort. Le passage de la « REPUBLIQUE FEDERALE DU CAMEROUN » (1961) à « LA REPUBLIQUE UNIE DU CAMEROUN » (1972) puis à « LA REPUBLIQUE DU CAMEROUN » (1984) était-il concerté et conforme aux accords de 1961? Si la proclamation le 1er octobre 2017 de l’état « Ambazonie » a été un mauvais coup porté au peuple camerounais, le terrorisme d’état actuellement pratiqué par le gouvernement au Cameroun occidental est encore pire. Le président de la République – qui nous a habitués à plus d’intelligence politicienne et de ruse pour affaiblir l’opposition – a-t-il fait le bon choix cette fois-ci ? Est-il certain de gagner cette guerre ? Le remplaçant d’AYUK est déjà opérationnel, si l’on en juge par la poursuite des actions sur le terrain.
Si le pouvoir croit pouvoir réduire par le force le Cameroun Occidental à l’état de colonie, il va malheureusement devoir en faire payer le prix à tous les camerounais. Les guerres asymétriques sont souvent longues et couteuses, avec des conséquences humaines et économiques très lourdes. Déjà l’économie transfrontalière avec le Nigeria est désorganisée. Les biens publics et privés sont détruits. La sécurité des champs pétrolifères de LIMBE et de BAKASSI, est-elle garantie ? Qui va supporter l’effort de guerre ? Il va encore augmenter les impôts déjà très lourds et injustes, c’est-à-dire ruiner des entreprises, augmenter le chômage et aggraver la misère populaire. Les populations du Cameroun oriental, qui sont étrangement passifs face aux évènements graves qui durent depuis plus d’un an maintenant, et qui sont même parfois méprisants à l‘égard de nos compatriotes du Cameroun occidental, feraient bien de réfléchir un peu. Ils comprendront alors que le problème dit anglophone n’est pas le problème des anglophones ; le problème anglophone est le problème du Cameroun tout entier.
Ceux qui confondent la forme géographique avec la forme juridique, en déclarant que le forme de l’Etat n’est pas négociable ne font que semer les graines de la violence. Le débat sur la forme que nous voulons donner à notre Etat est nécessaire et urgent. Ce n’est pas une question linguistique ! La commission du bilinguisme s’apparente à une ruse cousue de fil blanc qui ne trompe personne. L’accélération proclamée de la décentralisation est un non- sens : on n’accélère que ce qui est déjà en mouvement ; or depuis 22 ans, rien ne bouge question décentralisation. Voulons-nous une République du Cameroun décentralisée ? République Unie ? République Fédérale ? Combien d’Etats fédérés : 2, 4, 5 ou 10? Une justice nationale ou deux justices héritées de nos colonisateurs ? Un seul système d’enseignement et de diplômes ou deux ? Telles sont les vraies questions. Tout est ouvert à une réflexion sérieuse, à la discussion, sauf la sécession. Les conclusions de ce débat bénéficieraient de plus de légitimité s’il avait lieu dans une conférence incluant toutes les forces politiques nationales –anglophones et francophones-. Pourquoi le chef de l’Etat veut il l’enfermer dans le cadre institutionnel ? Même dans ce cadre- là, on ne voit encore rien venir.
Et pour terminer, le président de la République serait mal inspiré de laisser torturer, voire exécuter AYUK TABE ET SES COMPAGNONS. On peut espérer qu’il se débarrassera de la tendance héritée du colonialisme français qui consiste à assassiner systématiquement les dirigeants des luttes de libération, et préservera l’intégrité physique et la vie de AYUK TABE et de ses 46 compagnons. On a des raisons d’être inquiet à ce sujet : Que s’est-il passé pendant les 24 jours qui séparent l’arrestation de AYUK TABE et ses 46 compagnons par le DSS (Departement of State Security) nigérian le 05 janvier dernier et l’annonce par le ministre camerounais de la communication de leur mise à la disposition de la justice camerounaise le 29 janvier2018 ? Où sont-ils ? Pourquoi personne ne les a vu, même pas leurs avocats ni leur familles. Pourquoi aucune image ni aucune vidéo de leur arrestation et de leur transfèrement à Yaoundé n’est montrée ?
S. Kuissu

20 FEVRIER 2018

Bientôt la partie (3)

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